Photo IA.
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Quand l’influence d’un homme cache le drame de l’idolâtrie. Dans une de ses chroniques pour Valeurs Actuelles*, l'abbé Alban Denis (père Danziec), prêtre de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), livre une réflexion exigeante sur la vie des institutions ecclésiastiques et le quotidien de la vie religieuse. Il y aborde sans détour les dangers de la personnalisation du pouvoir, la question de l'autorité et les dérives du culte de la personnalité dans l'Église.
“Méfiance et prudence” face aux personnalités fabriquées
L'accumulation de témoignages sur des abus commis au sein de certaines sphères ecclésiales, là où des personnalités fortes émergent, montre “au-delà de la duplicité du personnage et du drame des victimes, le grave problème de la starisation, a fortiori pour un homme d'Église”. Comment un ecclésiastique, à la tête d'une œuvre florissante ou d'un institut influent, a-t-il pu échapper si longtemps à la vigilance ?
Au-delà des “carences déplorables des évêques et des cadres concernés, c'est tout un système social et médiatique qui devrait s'interroger sur son rapport à la célébrité”. Comme le rappelle un principe fondamental : “Nul n'est plus grand que le Maître.”
“La fabrique d'une idole et la mise sur le devant de la scène d'une ‘personnalité’ ” à la tête d'une institution “devraient inspirer, sinon la méfiance, au moins la prudence”. Car, dans ce monde comme dans l'autre, “l'ivresse de l'impunité finit nécessairement par se fracasser contre le vertige de la vérité”.
“L'ivresse de l'impunité finit
par se fracasser contre
le vertige de la vérité.”
“Ceux qui auraient dû voir et n'ont pas voulu savoir”
Face à la gravité des agissements reprochés à un personnage influent, la question de la complicité passive de la hiérarchie ecclésiastique se pose avec une acuité brûlante. Trop de responsables choisissent de détourner le regard, formant cette cohorte de “ceux qui ont vu et n'ont rien dit, ceux qui auraient dû voir et n'ont pas voulu savoir, ceux qui savaient et qui, pourtant, se sont tus”.
Il est dès lors manifeste que “des évêques et des cadres [...] ont failli gravement dans l'appréciation des faits [...] et donc sérieusement failli dans leur résorption”.
“La parole des victimes après #MeToo a valeur de déclencheur”
Face à un voile trop longtemps maintenu sur des actes répréhensibles, le Père Danziec salue combien “la parole des victimes abusées, indéniablement libérée à la suite du mouvement #MeToo, aura eu valeur de déclencheur”. “Si le courage des plaignantes les honore, un droit d’inventaire s’impose.”
La complaisance institutionnelle se révèle dès lors intolérable : “Une chose est d'être un pauvre pécheur, une autre d'être un tartuffe. Une chose de traîner péniblement ses insuffisances, une autre de voir ses infamies couvertes gracieusement…”
Lorsque les fidèles et les institutions s'aveuglent au point de porter aux nues un supérieur, l'avertissement biblique résonne avec une acuité particulière : “Mieux vaut l'homme juste qui n'a pas d'idoles, il n'aura pas à craindre la confusion.”
“Une chose est d'être
un pauvre pécheur,
une autre d'être
un tartuffe.”
“Depuis un pinacle, plus violente se fait la chute”
“À se créer des idoles au sein même de l'Église, on court le risque de vénérations mal placées qui finissent toujours par revenir en boomerang”, rappelle le chroniqueur. La tradition spirituelle s'est toujours montrée “frileuse à porter un individu de son vivant au pinacle” : “Sûrement parce que depuis un pinacle, plus violente se fait la chute”.
Comme le rappelait le curé d'Ars repris par le cardinal Merry del Val : “L'humilité est la chaîne qui tient toutes les autres vertus.”
Le véritable disciple doit se souvenir de la “distinction notable entre le ‘héraut’ et le ‘héros’ ”. Quand la mise en avant de la personnalité supplante la cause, la “dégringolade” guette, estime le prêtre : “Quand le porte-voix supplante la voix elle-même, quand le messager se fait lui-même message, quand sa personnalité, loin de se mettre au service d'une cause, se sert de la cause pour se mettre en avant, la dégringolade n'attend pas.”
“Comment un chrétien digne de ce nom peut-il capitaliser sur son propre nom quand sa vie est censée se réclamer du seul nom qui sauve ?” L'interrogation de l’apôtre Paul demeure tranchante : “Qu'as-tu que tu n'aies reçu, et si tu l'as reçu, pourquoi t'en glorifies-tu ?”
Que cette chronique pourrait s'appliquer à bien des personnes.
Il s'agit ici de L'Abbé Pierre.
* L’hebdomadaire Valeurs Actuelles était dirigé jusqu’au 21 septembre 2026 par Tugdual Denis, le frère de l’abbé Alban Denis (ICRSP).