Edgar Beltrán , Le Pilier, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Edgar Beltrán , Le Pilier, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
À moins de trois semaines de la visite pontificale en France, un signal fort a été envoyé directement au Vatican. Lundi 7 septembre, un courrier officiel envoyé avec accusé de réception à la Secrétairerie d'État a été adressé au pape Léon XIV pour l'interpeller sur la gravité et la persistance des abus spirituels au sein de l'Église.
[Lettre en intégralité à la fin de l'article]
À l'initiative de 215 victimes ou proches de victimes issues de 37 communautés catholiques françaises ou présentes en France, dont l'Institut du Christ Roi, cette démarche vise à obtenir une réponse magistérielle forte face à des dérives destructrices. 8 collectifs ont également signé la lettre, parmi eux celui des victimes de l'ICRSP.
Les signataires entendent répondre à l'appel de l'encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV, qui invitait à assainir les structures ecclésiales. Ils soulignent les effets ravageurs de ces dérives :
Nous en avons personnellement éprouvé les effets dévastateurs [...] allant parfois jusqu'à la destruction des personnes atteintes au plus profond de leur être, au lieu de leur conscience, de l'intime, de la quête de Dieu, de sens et de vérité.
Ils dénoncent également des mécanismes d'emprise aujourd'hui clairement identifiés :
Captation de la relation à Dieu par une autorité humaine, confusion entre fidélité au Christ et soumission à une personne ou à une institution, culpabilisation du discernement personnel et de toute distance critique, instrumentalisation de la notion d'obéissance, injonction de renoncer à penser et discerner par soi-même, pression sur les consciences.
La Croix s'est fait l'écho de la lettre le 8 septembre.
Des demandes précises pour sortir
de l'impunité et du « ripolinage »
Jugeant que les mesures prises ces dernières années se réduisent trop souvent à un "ripolinage" superficiel, les signataires adressent plusieurs requêtes concrètes au Saint-Siège :
Une définition juridique et théologique claire de l'abus spirituel dans le droit canonique, reconnaissant explicitement cette réalité comme une violence portant atteinte à la liberté intérieure et à la dignité.
La garantie d'une formation en droit canon pour tout postulant, lui donnant connaissance des devoirs et droits réciproques.
L’exigence de respecter le droit canon dans son intégralité pour toute congrégation ou communauté (un point de vigilance à l'ICRSP).
La création d'instances indépendantes chargées d'accueillir et d'évaluer les témoignages sans suspicion systématique, et de formuler des recommandations.
Un statut de protection des lanceurs d'alerte pour les membres ou ex-membres de communautés dénonçant des faits graves.
L'application effective de sanctions canoniques lorsque les recommandations ou réformes demandées aux communautés sont appliquées de manière superficielle ou ignorées.
Rappelant l'urgence de cette prise en compte, les auteurs de la lettre insistent sur le lien étroit entre l'emprise spirituelle et les autres formes de dérives :
La dénonciation des abus spirituels tend encore à être reléguée au second plan, derrière celle des abus sexuels. Or, nous savons que les abus spirituels sont souvent la matrice des autres formes d'abus et font le lit des violences sexuelles.
Les signataires au titre de l'ICRSP :
anciens prêtres et religieuses, fidèles, proches...
Parmi les forces vives soutiens de cette démarche figurent "8 collectifs de victimes" engagés sur le terrain. On y retrouve notamment le Collectif des victimes de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), mais également le collectif Réparez (communauté Saint-Jean), le collectif Libre Ensemble (anciennes bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre), le CAV Béatitudes, l'Acsemb (Bethléem), le Collectif Après le Chemin-Neuf, l'Oref (ex-Focolari) et COVIJES (victimes d'agressions sexuelles de jésuites).
Parmi les signataires au titre de l'ICRSP se trouvent d'anciens membres de l'Institut, religieuses et prêtres, mais aussi des fidèles, des proches et des familles de victimes d'abus.
L'initiative est relayée dans des médias à travers le monde, comme The Pillar aux USA.
Ne pas garder le silence
La lettre rassemble une grande diversité de profils ayant côtoyé ou appartenu à 37 communautés*. Elle est appuyée par des personnalités d'Église et des experts, tels que la médecin et victimologue Isabelle Chartier-Siben ou le père Pierre Vignon.
Face au risque de déni et à la tentation de garder le silence pour ne pas "faire du tort à l'Église", les signataires espèrent qu'une parole pontificale claire permettra enfin de restaurer la confiance brisée et de mieux protéger les fidèles.
* Par ordre alphabétique : Alliance des Coeurs unis, Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre, Carmel de Notre-Dame de la Rencontre (Simacourbe), Carmel du Reposoir, Carmel de Toulouse, Carmel, Cisterciens de Notre-Dame de Sept-Fons, communauté de L'Agneau, communauté de l'Emmanuel, communauté des Béatitudes, communauté du Chemin-Neuf, communauté du Pain de vie, communauté du Verbe de Vie, communauté des consacrées du Regnum Christi, communauté Saint-Jean, communauté Saint-Martin, Communion et libération, Compagnie de Jésus province de France, Famille de Marie OEuvre de Jésus Souverain Prêtre,congrégation des religieuses de l'Assomption, Famille missionnaire de Notre-Dame, Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de Saint Bruno, Focolari, Fondacio, Foyers de charité, Fraternité Eucharistein, Fraternité de Marie Reine Immaculée, Fraternités monastiques de Jérusalem, Fraternité Verbum Spei, Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, Institut Notre-Dame de Vie, Légionnaires du Christ, Maria Stella Matutina, Opus Dei, Point Coeur, Soeurs Missionnaires de la Charité, Séminaire Saint-Luc d'Aixen-Provence·