De l’élection à la vie interne : une concentration
des pouvoirs sans vraie limite pour l’abbé Wach
des pouvoirs sans vraie limite pour l’abbé Wach
Les textes régissant la vie interne de la communauté font apparaître un gouvernement aux mains quasi exclusives du seul supérieur général. Une autorité qui peut s’exercer sans aucune limite de temps, bien au-delà des mandats de 6 ans renouvelables à l'envi, à l’encontre de l'esprit du Droit canon. Une telle concentration des pouvoirs pose légitimement question. Analyse.
Depuis qu’il l’a fondé en 1990 (un 1er septembre, jour de la saint Gilles), Gilles Wach règne sur l’Institut du Christ Roi (ICRSP). Des nominations aux postes clés, au climat qu’il fait régner, tout est complètement centralisé autour de la figure du Modérateur suprême. La mainmise du supérieur se décline tant au niveau de l'organisation électorale visant à sa réélection que du gouvernement général de l'Institut.
Cette hégémonie est dans l’ADN de l’Institut. Pour tenter de la comprendre, il faut se plonger dans les Constitutions, approuvées par le Vatican, et le Directoire (note 1). Ces deux documents régissent l'ensemble de la vie interne de l’Institut, dont l'élection du supérieur.
Les Constitutions ont été "approuvées" par le Saint-Siège immédiatement après la visite canonique menée par Mgr Bacqué en 2016. Ce dernier, ami du supérieur devait en effet superviser l'enquête diligentée par Rome à la suite des problèmes soulevés dans le rapport de 2014. Le constat fut que tout allait bien à l'ICRSP : on donc pouvait valider ses constitutions. Mgr Bacqué vint ensuite en personne célébrer une "Messe Pontificale d'action de grâces au séminaire de Gricigliano" à la suite de l'approbation du texte.
Couverture du Directoire, règle de vie interne à l'ICRSP,
édition 2016.
Le droit canon proscrit
le pouvoir “sans interruption”
L’organisation de cette élection a lieu tous les 6 ans et le nombre de mandats n’est pas limité : Gilles Wach préside donc aux destinées de l’Institut depuis sa fondation en 1990, apparemment en toute légalité.
Les Constitutions stipulent ainsi :
20. Le Modérateur suprême de l'Institut, Mgr le Prieur Général, est élu pour un mandat de six ans renouvelable. (can. 624 § 1)
Soit la rédaction de cet article confère curieusement au nouvel élu le titre de “Monseigneur”, ce qui n’est canoniquement pas valable, soit elle semble taillée sur mesure pour Gilles Wach. Toujours est-il que ce passage ne fait référence qu’au paragraphe 1 du canon 624 :
Les Supérieurs seront constitués pour un laps de temps déterminé et convenable d'après la nature et les besoins de l'institut, à moins que, pour le Modérateur suprême et pour les Supérieurs de maisons autonomes, les constitutions n'en disposent autrement. (Canon 624 §1) (note 2)
Le paragraphe suivant du droit canon n’est en revanche pas repris dans les Constitutions de l’ICRSP. Celui-ci pose en effet une véritable limite temporelle au pouvoir d’un supérieur, en contradiction avec la situation au Christ-Roi :
Le droit propre pourvoira par des règles adaptées à ce que les Supérieurs constitués pour un temps défini ne demeurent pas trop longtemps, sans interruption, dans des offices de gouvernement. (Canon 624 §2)
A l’encontre de cette prudence canonique, l’abbé Wach, lui, dirige son Institut “sans interruption”, depuis sa fondation il y a 36 ans.
Commentant la réélection, fin août, l'Adfi (Associations de défense des Familles et de l'Individu victimes de Secte) des Yvelines voit dans ce "processus électoral" "une base assez infaillible pour les abus de pouvoir".
Le supérieur nomme plus de la moitié
des électeurs chargés… de le réélire
Lors du chapitre général qu’il convoque à la fin de l’été, c’est le supérieur qui préside les assemblées électorales, choisit les scrutateurs chargés de superviser l’élection et, enfin, c’est encore à lui que revient le rôle de confirmer l'élection des délégués ainsi que celle des quatre Assistants.
Sur le papier, pour être éligible au poste de Modérateur suprême, il faut être un prêtre de l'Institut, incardiné depuis au moins six ans. L'élection requiert la majorité absolue des suffrages des membres du Chapitre. Mais dans les faits, l’Institut n’a jamais entrevu d'autres résultats que la réélection de Gilles Wach. Cette suite de réélection semble pensée dès le départ à en croire un prêtre de l’Institut qui rapporte : “Mgr Schmitz, vicaire général de l’ICRSP, sert régulièrement le même discours aux invités des ordinations : “L’Institut, c’est Mgr Wach, et Mgr Wach, c’est l’Institut !” ”
D’après les documents (note 3) ordonnant la vie interne de l’Institut, l’abbé Wach nomme lui-même (en bleu ceux appelés à voter) :
Le vicaire général (§ 21) ;
Le supérieur du Séminaire majeur (§ 21) ;
Les provinciaux (§ 29) ; (note 4)
La supérieure de la branche féminine (Adoratrices du Cœur Royal) (§ 45) ;
L'économe général (en son Conseil) (§ 52) ;
Les Économes provinciaux (§ 53) ;
Le délégué responsable de la formation des oblats (§ 40.3) ;
Le représentant des oblats au Chapitre général (choisi en son Conseil) (§ 25).
La plupart seront appelées à se rendre à l'urne (selon un ordre protocolaire très strict établi dans le Directoire, du moins au plus important) pour élire le supérieur. Lors de cette élection votent :
1 supérieure des Adoratrices
1 représentant des oblats,
4 délégués des prêtres par ordre inverse d'ancienneté (élus par les prêtres),
8 provinciaux par ordre inverse d'ancienneté,
4 assistants par ordre inverse d'ancienneté,
1 vicaire général,
1 supérieur du séminaire majeur,
1 modérateur suprême.
Ainsi, sur la vingtaine de votants, le père Wach en nomme lui-même une douzaine d'après les Constitutions (en bleu dans la liste). Il doit ensuite être élu à la majorité absolue des voix.
Comptes, visites, nominations…
Tout passe par le supérieur
En outre, Gilles Wach, en sa qualité de supérieur, supervise l'ensemble de l'Institut (membres clercs, oblats, affiliés, branche féminine et associations de laïcs) (§ 1, 3, 23, 43, 44, 45). Il se charge également, sauf s’il se fait déléguer, des visites canoniques de toutes les maisons et de leurs membres (§ 35). Enfin, tout passant par lui, il reçoit les comptes de gestion de l'économe général et des économes provinciaux (§ 54).
Au sein de son Conseil, l’organe restreint de gouvernement de l’Institut, le supérieur dispose d'une voix prépondérante en cas d'égalité lors des votes (sauf dans les cas nécessitant le consentement strict du Conseil). C'est également sous son autorité et au cours du Chapitre annuel qu'ont lieu les nominations et affectations des prêtres membres dans les différentes maisons et apostolats.
Lors des élections des assistants par le petit groupe désigné pour les élire, il nomme ensuite le Secrétaire général choisi parmi eux. Enfin, c’est encore l’abbé Wach qui désigne les personnes assistant au Conseil d'administration économique : économe général (§ 52) et économes provinciaux (§ 53) sont nommés directement par lui. Il détient aussi, comme supérieur, un droit de regard total sur le séminaire et l'Institut.
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Son pouvoir s’étend sur les Soeurs Adoratrices qu’il dirige
L’abbé Gilles Wach détient entre ses mains, depuis 36 ans, le pouvoir sur les séminaristes et les clercs.
Il décide de l'engagement définitif, appelle aux Ordres sacrés et incardine les membres dans l'Institut (§ 37, 41.1).
Il constitue les Maisons (§ 31) ou les supprime (§ 34), et crée ou modifie les Provinces (§ 29).
Il fixe les modalités et lieux de la formation continue (§ 46) et peut prolonger la formation ou renvoyer un candidat (§ 47).
Il autorise les sorties, transferts (§ 48) et les absences prolongées (§ 36).
Il détermine l'habit dans les pays de mission (§ 66).
Le pouvoir de l’abbé Wach ne se limite pas à la branche masculine. Les Soeurs Adoratrices, qui n’existent pas en tant que communauté autonome mais comme simple “association de fidèles”, sont également sous sa coupe. Les Constitutions indiquent en effet que “le Modérateur suprême dirige” les soeurs (§ 3, 45) :
Il nomme la supérieure des Adoratrices pour un mandat de six ans renouvelable (§ 45).
Il approuve leurs constitutions (§ 45).
Il constitue les communautés au sein desquelles vivent les Adoratrices (§ 45).
Côté laïc, c’est toujours lui, aussi, qui élabore les statuts des associations de laïcs rattachées, comme la Société du Sacré Cœur (§ 44).
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Le Saint-Siège invite à “éviter toute attitude de domination
et toute forme de paternalisme”
Rappelons, en conclusion de cette analyse deux passage de l’instruction Le service de l'autorité et l'obéissance (note 5).
“Tout supérieur donc est appelé à faire revivre visiblement, frère parmi les frères ou sœur parmi les sœurs, l'amour avec lequel Dieu aime ses enfants, évitant d'un côté toute attitude de domination et, de l'autre, toute forme de paternalisme ou de maternalisme”. (§14)
“Celui qui exerce le service de l'autorité se gardera de céder à la tentation de l'autosuffisance personnelle, de croire que tout dépend de lui ou qu'il n'est pas important ni utile de favoriser la participation communautaire, parce qu'il est mieux de faire un pas ensemble plutôt que deux (ou même plus) seul.” (§25)
Version du Directoire, édition de 2016, que nous avons consultée.
https://www.vatican.va/archive/cod-iuris-canonici/fra/documents/cic_libro2_cann617-630_fr.html#
D'après les textes officiels (Constitutions et édition 2016 du Directoire) et les témoignages reçus par le Collectif. Les mentions de paragraphes (“§”) renvoient au texte des Constitutions.
Italie, France, USA, Allemagne/Suisse, Grande-Bretagne, Gabon, Irlande, Espagne
Faciem tuam, Domine, requiram, 11 mai 2008, signée par le cardinal Franc Rodé, préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique. https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/ccscrlife/documents/rc_con_ccscrlife_doc_20080511_autorita-obbedienza_fr.html