“Mode de gouvernance et culture institutionnelle
susceptibles de favoriser des mécanismes d'emprise”,
pour un expert des religions
susceptibles de favoriser des mécanismes d'emprise”,
pour un expert des religions
20 août 2026
Patrice Dunois-Canette, ancien journaliste et désormais expert sur les religions, analyse les témiognages des victimes de l'ICRSP dans un article paru dans Golias Hebdo (n° 924, août 2026).
Si l'Institut faisait déjà l'objet de signalements depuis plusieurs années auprès des évêques, de la Miviludes et du Vatican par d'anciens prêtres et séminaristes, ces nouveaux témoignages féminins apportent une dimension décisive pour l’auteur.. Ils démontrent la “convergence” des méthodes subies par les membres masculins et féminins, prouvant que “les critiques ne portent plus uniquement sur des comportements individuels mais sur un mode de gouvernement et une culture institutionnelle susceptibles de favoriser des mécanismes d'emprise”.
L’article publié dans Golias Hebdo trouve sa source dans « les révélations publiées le 7 août 2026 par Le Parisien » qui « constituent un moment important dans l'histoire récente de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) ». Pour la première fois, « d'anciennes religieuses de la branche féminine témoignent publiquement de ce qu'elles présentent comme un système d'humiliations, d'isolement et d'emprise spirituelle ».
Ces révélations viennent s'ajouter à un dossier déjà documenté depuis plusieurs années. Des signalements avaient déjà été adressés « aux évêques français, à la Miviludes ainsi qu'aux autorités romaines ». Dès 2023, des enquêtes journalistiques évoquaient chez les prêtres et séminaristes « une discipline très rigide, un contrôle important de la vie personnelle et une dépendance psychologique vis-à-vis des supérieurs ».
En raison de la structure unifiée et centralisée de l’ICRSP, l'auteur souligne que « si les pratiques dénoncées traduisent un mode de fonctionnement institutionnel, leurs implications dépassent largement le cadre français ».
“L’emprise ne résulte généralement
pas d’un acte unique mais d’un processus”
L’intérêt majeur de l’article réside dans la description précise de mécanismes assimilables à des dérives sectaires au sein de la branche féminine (les Sœurs Adoratrices du Cœur Royal de Jésus) : « culpabilisation, effacement progressif de la personnalité, isolement et soumission présentée comme une exigence spirituelle ».
L'un des exemples les plus marquants cités dans le texte est « l'interdiction, dans certains échanges avec le directeur spirituel, d'utiliser le pronom "je", considéré comme l'expression de l'orgueil ». Ce détail illustre ce que les victimes qualifient de « pédagogie visant à effacer progressivement l'identité personnelle au profit d'une obéissance absolue ».
L'auteur rappelle la définition retenue par les spécialistes des dérives sectaires, pour qui “l'emprise ne résulte généralement pas d’un acte unique mais d’un processus” combinant “plusieurs facteurs” :
- « concentration de l'autorité »
- « limitation de l'esprit critique »
- « culpabilisation permanente »
- « dépendance affective envers les responsables »
- « difficulté croissante à quitter le groupe »
Difficultés systémiques et responsabilité ecclésiale
L'article note que « les informations publiques disponibles ne font pas état d'une condamnation judiciaire ». En droit français, « l'emprise psychologique n'est pas une infraction autonome » ; la justice exige la preuve d'infractions pénales spécifiques (abus de faiblesse, harcèlement, violences).
L'ICRSP dépendant directement du Saint-Siège, Rome dispose en revanche de leviers d'action canoniques stricts (« visite canonique, réforme des structures de gouvernement, remplacement de responsables, nomination d'un commissaire apostolique »), comme cela a été fait pour d'autres instituts (Légionnaires du Christ, Béatitudes, Communauté Saint-Jean). L’auteur pointe la responsabilité de l’Eglise dans ce dossier face à ce qu’on pourrait qualifier de “difficultés systémiques” : les procédures de l’Eglise, “relèvent du droit canonique et sont indépendantes de la justice civile. Elles visent moins à sanctionner pénalement qu'à garantir le bon fonctionnement ecclésial d'une communauté.”
« L'autorité spirituelle ne [peut pas] être confondue
avec une domination psychologique »
L'affaire dépasse ce seul Institut. Au-delà des abus sexuels, l'Église catholique étend désormais sa vigilance « aux abus spirituels, aux mécanismes d'emprise et aux modes de gouvernement » afin de garantir « que l'autorité spirituelle ne puisse être confondue avec une domination psychologique ».