A l’Institut, “les victimes sont très souvent considérées
comme des coupables”
comme des coupables”
Un de nos lecteurs, par ailleurs fin connaisseur de l’Institut du Christ Roi (ICRSP), a publié, jeudi 20 août, un texte sur sa page Facebook. Il s’agissait au départ d’une réponse à un défenseur de l’Institut qui met systématiquement en doute les témoignages de victimes. Il nous a autorisés à reproduire son texte*, le jugeant plus utile ici qu’en commentaire sur les réseaux sociaux. Dans ce texte, il livre une analyse détaillée de la situation et des témoignages publiés récemment.
“Encore des témoignages. Que fait la CEF ?
Bien entendu, les soutiens de cet institut ne manquent pas ! Je recopie ici la réponse que j'ai rédigé pour l'un d'entre eux :
Monsieur, le seul aveugle ici, c'est vous. Votre omniprésence sur cette page et le temps que vous consacrez à défendre un institut régulièrement mis en cause depuis des années sont d'ailleurs douteux. J'aimerais bien connaître vos liens exacts avec l'ICRSP. De votre réponse, on pourra déjà déduire un certain nombre de choses.
“Les témoignages sont importants et,
quand ils sont en grand nombre,
ils deviennent inquiétants”
Heureusement qu'il y a des témoignages, car l'institut est habitué aux scandales, mais ce sont les rois de l'omerta. Nous sommes bien d'accord qu'il faut des plaintes et des procès, mais dans ce type d'affaires, quand personne ne parle, les plaintes mettent parfois des années à venir. C'est pourquoi les témoignages sont importants et, quand ils sont en grand nombre, ils deviennent inquiétants et suffisent pour qu'on fasse preuve d'une prudence légitime.
Sans chercher à être exhaustif — ce n'est malheureusement pas possible en l'état —, nous avons :
- Le rapport sur l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, rédigé par sœur Chantal-Marie Sorlin pour le bureau des dérives sectaires de la CEF (2014).
- Le travail du sociologue Josselin Tricou, notamment dans Des soutanes et des hommes, qui évoque également l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre et les tensions liées à l'homosexualité de certains de ses membres. Le problème, évidemment, n'est pas que des prêtres soient homosexuels : cela n'a en soi absolument rien de scandaleux. Ce qui est intéressant, c'est ce que ce travail de recherche permet de comprendre la manière dont cette réalité est vécue au sein de l'Institut, alors même que celui-ci affiche des positions très rigoristes sur la question.
Tricou rapporte notamment le témoignage d'un prêtre diocésain qui décrit le Christ-Roi comme un « vivier » de prêtres homosexuels et évoque, dans ce contexte, une situation qui serait particulièrement tendue, voire « explosive ». Le témoin établit lui-même un lien entre cette réalité et des phénomènes d'homophobie intériorisée. Là encore, ce n'est évidemment pas une preuve de culpabilité individuelle, mais un élément supplémentaire qui interroge le fonctionnement de l'Institut et le décalage entre son discours public et ce qui peut se passer en son sein.
- La "disparition" du chanoine G. après son passage par Rennes, coupable, d'après l'Institut lui-même (lettre du 14 décembre 2023), de « manquements à ses engagements sacerdotaux », l'Institut annonçant avoir lancé « un processus d'indemnisation auprès des victimes ». La lettre a disparu très rapidement, ainsi que celle du diocèse, qui était tout aussi inquiétante.
- L'affaire d'un chanoine condamné, évoquée un peu plus bas. Je n'en dis pas plus et ne l'identifie pas, mais je sais ce que je dois penser des faits qui ont été reconnus au cours de la procédure. Une décision de la Cour de cassation est ensuite intervenue, de sorte que la condamnation n'est pas devenue définitive. Je ne vous fais pas une leçon de droit : vous savez ce que cela signifie. Mais ne venez pas nous dire pour autant qu'il ne s'est rien passé.
Communiqué de l'ICRSP concernant le procès canonique de deux prêtres en poste en Bretagne.
“On semble manœuvrer
plutôt que de faire preuve de justice”
Les articles à répétition ne viennent pas de nulle part, mais de l'avalanche de témoignages accablants et des affaires concernant cet institut où, il faut le reconnaître, on semble bien manœuvrer plutôt que de faire preuve de justice. D'où une tendance que j'ai constatée moi-même à toujours tourner les choses à l'avantage des membres de l'Institut et de l'Institut lui-même, jamais coupables de rien, toujours innocents. Les victimes sont très souvent considérées comme des coupables.
Ainsi, j'ai entendu le chanoine G. tempêter en chaire contre les articles du Parisien, expliquant à une assemblée bienveillante que l'Institut subissait les attaques du démon. C'était juste avant son placement en monastère, après les « manquements à ses engagements sacerdotaux » nécessitant « un processus d'indemnisation auprès des victimes ». Le démon est peut-être à l'œuvre, mais pas au sein de la direction du Parisien.
“S'interroger sur le fonctionnement
d'une institution”
Je ne prétends pas que tous ceux qui sont mis en cause sont coupables. Je constate l'existence de témoignages, de documents, d'affaires judiciaires et de comportements qui, mis bout à bout, justifient à mes yeux une prudence légitime… et confirment mes soupçons, qui remontent à plus de dix ans. Et je revendique simplement le droit d'avoir une opinion personnelle sur ce que j'ai pu observer et sur ce qui est rapporté publiquement.
Présumer quelqu'un innocent n'oblige pas à considérer qu'il est au-dessus de toute critique, pas plus que cela n'interdit de s'interroger sur le fonctionnement d'une institution.”
* Les intertitres ont été ajoutés par nos soins pour faciliter la lecture. Nous avons également enlevé les noms de prêtres.