La tradition n'est pas un alibi
et la vérité n'est pas l'ennemie de la tradition
et la vérité n'est pas l'ennemie de la tradition
Une tribune, publiée le 4 septembre 2026 par le site anglais Nuntiatoria, à la suite de la réélection de Gilles Wach à la tête de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), propose une analyse sans concession des accusations de dérives sectaires et d'abus visant l'Institut, tout en interpellant vivement le Vatican sur son opacité administrative.
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“Monseigneur [NDLR : nous laissons le texte tel quel, avec la désignation du père Gilles Wach comme “Monseigneur”] Gilles Wach a été réélu à la tête de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre en 2026, malgré des allégations persistantes d'autoritarisme et d'abus au sein de l'Institut. Face à ces graves préoccupations concernant la gouvernance et les abus, les appels à une enquête transparente se sont intensifiés, soulignant la nécessité d'une responsabilisation au sein même des milieux catholiques traditionnels.
Gilles Wach, l'ICRSP et les questions
auxquelles Rome n'a jamais répondu
Fin août 2026, Monseigneur Gilles Wach a repris une fois de plus la direction de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Il dirige l'Institut depuis sa fondation en 1990. Trente-six ans plus tard, le même homme est toujours à sa tête.
La longévité n'est pas une preuve de mauvaise conduite. La continuité peut constituer une force institutionnelle, surtout à une époque où les communautés catholiques sont régulièrement déstabilisées par les modes idéologiques et les ingérences administratives. Cependant, la réélection d'un fondateur ayant exercé une autorité suprême pendant plus de trente-cinq ans ne saurait être considérée isolément, d'autant plus que les allégations visant son Institut portent précisément sur l'exercice et la concentration du pouvoir. La question n'est donc pas de savoir si Gilles Wach a exercé ses fonctions trop longtemps, compte tenu d'une quelconque attente moderne et arbitraire en matière de renouvellement des cadres. La question est de savoir si une institution si largement construite autour d'un seul fondateur dispose de mécanismes suffisamment indépendants pour contrôler ce fondateur et la culture instaurée sous son égide.
Cette question est devenue incontournable.
Les allégations qui pèsent aujourd'hui sur l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre ne proviennent pas d'un seul ancien séminariste mécontent, d'un seul journal hostile ou d'une seule organisation anti-traditionaliste. Elles se sont accumulées au fil des ans et émanent désormais de sources diverses, de différents pays et de différentes composantes de la famille spirituelle de l'Institut. D'anciens séminaristes et prêtres ont dénoncé un gouvernement autoritaire, des humiliations, un contrôle intrusif et une conception déformée de l'obéissance. D'anciennes membres des Sœurs Adoratrices ont, quant à elles, décrit des actes d'intimidation, d'isolement et des abus d'autorité religieuse à visée psychologique. Les instances de l'épiscopat français chargées de la lutte contre les abus spirituels ont exprimé leur inquiétude. Des signalements sont parvenus à la Miviludes, l'organisme d'État français chargé de la protection des personnes vulnérables. Un rapport épiscopal confidentiel a été établi en 2014. Rome a mené des visites canoniques la même année. Enfin, au moins un prêtre ordonné pour l'Institut a des antécédents documentés d'agressions sexuelles graves sur mineurs [NLDR : en réalité plusieurs prêtres ont reconnu des actes de pédophilie et ont été condamnés].
Rien de tout cela ne prouve l'ensemble des accusations portées contre l'Institut. Cela établit toutefois, de manière plus limitée mais néanmoins décisive, qu'il existe une affaire qui exige un examen sérieux, indépendant et transparent.
Les catholiques traditionalistes devraient être les premiers à l'exiger.
La prudence est de mise. Nombre de reportages contemporains sur les communautés catholiques traditionnelles sont empreints d'idéologie. Des termes comme « fondamentaliste », « ultra-conservateur », « sectaire » et « d'extrême droite » sont employés systématiquement comme de simples descriptions plutôt que comme des conclusions. Des pratiques qui faisaient partie intégrante de la vie catholique courante, même de mémoire d'homme, peuvent ainsi être présentées aux lecteurs laïcs comme intrinsèquement sinistres. Le port de la soutane n'est pas la preuve d'un contrôle coercitif. La maîtrise du latin n'est pas un problème de protection. Le silence, la vie cloîtrée, l'ascétisme, la hiérarchie, la mortification et l'obéissance ne sont pas des troubles psychologiques. Un séminaire exigeant n'est pas pour autant un séminaire abusif, et la vie religieuse deviendrait impossible si chaque renoncement exigé par une règle était interprété à travers le prisme des catégories thérapeutiques de l'individualisme laïque contemporain.
Mais la réciproque doit être énoncée avec la même force.
La tradition n'est pas un alibi
La messe romaine traditionnelle, l'orthodoxie doctrinale, la beauté des vêtements liturgiques, le chant grégorien et l'attachement à la civilisation de l'Europe catholique ne sauraient justifier le refus d'enquêter sur des allégations crédibles d'abus. Les catholiques traditionalistes s'indignent à juste titre lorsque la hiérarchie contemporaine considère l'orthodoxie avec suspicion ; nous ne pouvons donc la considérer comme une preuve d'innocence. La beauté d'une liturgie, en elle-même, ne nous renseigne en rien sur le respect de la justice à la sacristie, au séminaire, au capitulaire ou au bureau du supérieur.
"L'obéissance n'est pas la servilité.
L'humilité n'est pas l'humiliation."
En effet, la Tradition catholique offre une conception de l'autorité bien plus exigeante que ne le serait jamais le langage managérial des mesures de protection modernes. L'autorité n'est pas la propriété. Un supérieur ne possède pas ses subordonnés. L'obéissance n'est pas la servilité. L'humilité n'est pas l'humiliation. La mortification vise à détruire le vice, non la personne. La direction spirituelle ne confère pas de souveraineté sur la conscience d'autrui. Aucun supérieur n'acquiert le droit de transformer ses préférences personnelles en volonté de Dieu du seul fait qu'il porte la soutane ou occupe une charge canonique.
Saint Thomas d'Aquin place l'autorité sous la justice. Saint Benoît soumet à plusieurs reprises l'abbé lui-même au jugement de Dieu. Saint François de Sales unit la fermeté à la douceur. Et Notre Seigneur énonce le principe directeur avec une simplicité bouleversante : « Les rois des nations les dominent... Mais vous, il n'en est pas ainsi. » L'autorité catholique est paternelle précisément parce qu'elle est limitée par la vérité, la charité, la justice et la fin pour laquelle elle existe : le salut des âmes.
C'est à l'aune de cette norme, et non des préjugés des organisations laïques anti-sectes ou des partisans traditionalistes sur la défensive, que doivent être jugées les allégations concernant l'ICRSP.
En septembre 2023, Le Parisien publiait une enquête approfondie en quatre parties, s'appuyant sur dix-sept témoignages recueillis pendant six mois, notamment auprès d'anciens séminaristes, d'anciens prêtres, de membres en exercice et de proches d'hommes de l'Institut. Les témoins décrivaient ce qu'ils considéraient comme une culture autoritaire à Gricigliano : humiliations durant la formation, restrictions sévères à la communication, hostilité envers toute remise en question des supérieurs, surveillance de la correspondance et obligation de rendre service personnellement aux hauts dignitaires du clergé. Le journal accordait également une attention considérable aux allégations concernant les réceptions onéreuses et le train de vie de Monseigneur Wach 1.
Certaines de ces affirmations sont subjectives. D'autres concernent des pratiques qui peuvent s'expliquer innocemment. Le fait qu'un séminaire interdise l'usage du téléphone, des réseaux sociaux ou des lectures jugées inappropriées ne constitue pas en soi une preuve d'abus. De même, la splendeur des cérémonies ou le protocole clérical ne sont pas intrinsèquement incompatibles avec la pauvreté évangélique. C'est précisément pourquoi la dénonciation aveugle est contre-productive : exagérer les accusations infondées permet de dissimuler plus facilement les accusations plus graves.
Les preuves les plus convaincantes provenaient de l'intérieur même de l'Église.
Jean-Luc Brunin, alors évêque du Havre et responsable de l'équipe de la Conférence épiscopale française chargée des affaires d'emprise et des abus sectaires, a déclaré au Parisien que l'Institut représentait un « lourd dossier » caractérisé par de « nombreux dysfonctionnements ». Il a évoqué des « signes d'abus sectaires » et décrit des rapports faisant état d'autoritarisme, d'abus de pouvoir sur les séminaristes, de dépenses excessives et de dénigrement de l'Église. Il a également indiqué que des témoignages avaient été transmis à Rome sans qu'il n'ait reçu la réponse qu'il jugeait nécessaire 2.
On peut être profondément en désaccord avec la vision ecclésiastique de Brunin. Cela n'invalide pas pour autant son témoignage. Il s'exprimait non pas en blogueur hostile, mais en tant qu'évêque alors chargé précisément de cette question au sein de l'épiscopat français.
Les allégations ne se sont pas limitées à l'Institut masculin. En mars 2026, The Pillar, un média catholique américain totalement indépendant du Parisien et des organisations françaises de lutte contre les sectes, a publié les témoignages d'anciennes femmes en formation chez les Sœurs Adoratrices du Cœur Royal de Jésus-Christ Souverain Prêtre. Elles dénonçaient une culture d'intimidation et de peur, des pratiques spirituelles manipulatrices et une gouvernance désordonnée. La supérieure de la communauté a contesté cette interprétation, affirmant que les plaignantes n'étaient pas parvenues à s'adapter à la vie religieuse et qualifiant leurs inquiétudes d'exagérations ou de malentendus 3.
Cette réponse doit être enregistrée. Le témoignage aussi.
L'importance réside notamment dans la convergence. Lorsque des accusations matériellement similaires concernant l'autorité, l'isolement et l'obéissance émergent indépendamment parmi des personnes formées dans différentes branches d'une même famille spirituelle et dans différents pays, on ne peut pas les rejeter de manière responsable en qualifiant simplement de « mécontents » ceux qui les formulent.
Condamnation de T. Svea, ancien provincial de l'ICRSP pour les USA, pour pédophilie et détention d'images pédopornographiques.
Il existe également au moins un cas qui dépasse définitivement le stade de l'allégation. Timothy E. Svea a été ordonné prêtre en 1992 par l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Le diocèse de Superior le mentionne désormais publiquement parmi les membres du clergé ayant commis des abus, recense de multiples allégations et précise qu'il a été ordonné par l'ICRSP et qu'il est également considéré comme une personne crédiblement accusée par le diocèse de La Crosse. Svea a été reconnu coupable en 2002 d'infractions incluant l'agression sexuelle au deuxième degré sur un enfant de moins de seize ans, l'exhibitionnisme devant des mineurs et la séquestration. L'Institut l'avait suspendu en 2001 suite à des allégations. En 2023, à la suite d'une autre affaire concernant du matériel pédopornographique trouvé sur son ordinateur, il a été condamné à trois années de prison supplémentaires et à une surveillance à vie 4.
Ce fait doit être traité avec justice. L'existence d'un prêtre criminel ne prouve pas qu'un institut soit systématiquement abusif, et les preuves disponibles concernant la suspension de Svea par l'ICRSP suite aux allégations doivent être mentionnées plutôt que passées sous silence. Mais son cas empêche également quiconque de prétendre que les questions de protection autour des hommes ordonnés pour l'Institut relèvent exclusivement de l'imagination des militants anti-traditionalistes.
Rapport du Bureau dérives sectaires de la Conférence des évêques de France.
Il y a ensuite le rapport confidentiel de 2014.
Sœur Chantal-Marie Sorlin, associée au travail de l'Église de France concernant les abus sectaires, a rédigé en février de cette année-là un rapport sur l'ICRSP. Son contenu intégral demeure confidentiel, mais des articles ultérieurs font état de préoccupations telles qu'un « culte du fondateur », un isolement du monde extérieur, une dévalorisation de l'Église dans son ensemble et ce qui a été qualifié de vie « évangéliquement incohérente » des hauts responsables. Un collectif formé en 2026 par des victimes présumées s'est aujourd'hui appuyé sur ce document pour accuser l'Église de « douze années d'inaction » 5.
Cette phrase est rhétoriquement puissante. C'est également, au sens littéral du terme, inexact.
Le 22 avril 2014, La Croix signalait deux visites canoniques concernant l'Institut, et le 29 avril, l'ICRSP elle-même reconnaissait publiquement une visite apostolique ordinaire ordonnée par la Commission pontificale Ecclesia Dei. François Bacqué, ancien nonce apostolique aux Pays-Bas, avait été nommé visiteur, et le père dominicain Luc-Thomas Somme participait à la visite concernant le séminaire Saint-Philippe-Néri. L'Institut présentait ce processus comme une manifestation ordinaire de la sollicitude de l'Église pour l'épanouissement des communautés religieuses et sacerdotales. Deux ans plus tard, le 29 janvier 2016, le Saint-Siège approuvait définitivement les Constitutions de l'Institut 6.
Rome a donc agi. Et cela rend la question sans réponse considérablement plus grave.
Que savait Rome ?
La chronologie est extraordinaire. Un rapport épiscopal français confidentiel, faisant état de graves inquiétudes, date de février 2014. Des visites canoniques de l'Institut et/ou de son séminaire ont lieu en avril. Il serait imprudent d'affirmer, sans preuves documentaires, que le rapport Sorlin ait provoqué ces visites ou même qu'il ait été soumis aux visiteurs. Ce lien n'a pas été établi publiquement.
Mais c'est précisément ce qu'il faut maintenant établir.
Mgr Bacqué et le père Somme ont-ils reçu le rapport de sœur Sorlin ? Ont-ils interrogé les personnes dont les témoignages l'ont alimenté ? Ont-ils examiné les accusations concernant l'autorité, les finances, la formation et le traitement des séminaristes ? Les membres pouvaient-ils s'exprimer librement sans craindre que leurs témoignages ne parviennent à leurs supérieurs ? Quelles conclusions les visiteurs ont-ils transmises à Rome ? Ont-ils jugé les allégations infondées ? Ont-ils identifié des dysfonctionnements ? Des réformes ont-elles été recommandées ? Ont-elles été mises en œuvre ? Et si Rome a conclu en 2014 que l'Institut était sain, pourquoi de hauts dignitaires ecclésiastiques français ont-ils continué, des années plus tard, à recevoir et à transmettre des plaintes sensiblement similaires ?
Il ne s'agit pas d'accusations déguisées en questions. Ce sont des questions soulevées par la chronologie documentaire elle-même. Et on ne peut pas y répondre simplement en disant qu'une visite a eu lieu.
Une visite d'inspection qui examinerait les allégations pertinentes et disculperait l'Institut de manière crédible constituerait un élément de preuve important en sa faveur. Une visite d'inspection qui mettrait au jour des problèmes et engendrerait des réformes efficaces modifierait également sensiblement la situation actuelle. Une visite d'inspection qui n'aurait jamais pris en compte les principales critiques aboutirait à une conclusion différente. Une visite d'inspection dont les recommandations seraient ignorées aboutirait encore à une conclusion différente.
Le public catholique n'a rien su de tout cela.
Cette opacité est d'autant plus problématique que Monseigneur Wach a été réélu. L'avis publié par l'Institut lui-même concernant sa réélection en 2020 indiquait que le Chapitre général, réuni à Gricigliano conformément à l'article 20 des Constitutions, l'avait élu pour un nouveau mandat de six ans 7. Des articles récents montrent que le système actuel, d'une durée de six ans, a fonctionné par le biais d'élections successives au Chapitre. Des critiques affirment désormais que la structure constitutionnelle confère à Wach une influence considérable sur les participants à la gouvernance, mais l'intégralité des dispositions constitutionnelles et capitulaires en vigueur, nécessaires pour établir précisément la composition du corps électoral de 2026, ne sont pas accessibles au public. Il serait donc irresponsable de reprendre comme une vérité établie l'affirmation selon laquelle Wach « nomme simplement ses propres électeurs » [NDLR : ce qui est pourtant factuellement vrai : Gilles Wach nomme la plupart des électeurs chargés de l’élire d’après les Constitutions et le Directoire à notre disposition].
Mais la question légitime ne dépend pas de cette affirmation.
Aucune institution n'échappe à l'influence de son fondateur lorsqu'il la dirige pendant trente-six ans. Sa personnalité, ses priorités, ses habitudes et ses jugements s'enracinent inévitablement dans sa culture. Il peut en résulter une cohérence extraordinaire, mais aussi rendre toute correction difficile. Lorsque les allégations portent précisément sur un culte de la personnalité, une obéissance excessive et une concentration du pouvoir, il est légitime de se demander si les mécanismes chargés d'examiner ces allégations sont suffisamment indépendants de la culture qu'ils sont censés juger.
Le déroulement des élections à plusieurs reprises témoigne de la continuité du soutien parmi ceux qui ont le droit de voter. Cela ne répond pas, en soi, à cette question.
Il existe un autre danger que les catholiques traditionalistes doivent prendre en compte. Des décennies de persécution, de caricature et de traitements injustes peuvent engendrer un sentiment de siège. Le clergé et les fidèles traditionalistes ont vu des évêques tolérer la dissidence doctrinale tout en supprimant la messe traditionnelle ; ils ont vu des abus liturgiques flagrants excusés tandis que des séminaristes traditionalistes étaient critiqués pour une prétendue « rigidité » ; ils ont fait l'expérience d'une hiérarchie capable de se montrer soudainement sévère envers les traditionalistes et d'une remarquable souplesse envers les progressistes.
Ce double standard existe bel et bien.
Cela ne doit pas servir d'excuse à notre propre double standard.
"Les principes qui ne s'appliquent
qu'à nos adversaires
ne sont pas des principes."
Si les catholiques traditionalistes condamnent les évêques qui protègent les institutions plutôt que les victimes, nous ne pouvons défendre la réputation d'une institution simplement parce qu'elle arbore une tenue ecclésiastique que nous admirons. Si nous condamnons le transfert de membres du clergé problématiques au sein de l'Église, nous ne pouvons rester indifférents face à des allégations similaires visant une communauté traditionaliste. Si nous exigeons la transparence des diocèses, des ordres religieux et des conférences épiscopales, nous ne pouvons soudainement redécouvrir les vertus du secret lorsque les questions parviennent à Gricigliano.
Les principes qui ne s'appliquent qu'à nos adversaires ne sont pas des principes.
Les catholiques traditionnels ne devraient pas non plus craindre la vérité. Si des accusations ont été fabriquées, exagérées ou manipulées idéologiquement, une enquête indépendante peut le démontrer. Si une formation catholique rigoureuse mais légitime a été malicieusement qualifiée de « sectaire », un examen attentif permettra de distinguer l'ascétisme des abus et de disculper les innocents. Si Monseigneur Wach et ses collaborateurs ont été calomniés, la transparence leur est plus profitable qu'une suspicion indéfinie.
Mais si une faute grave a été commise, la beauté ne peut l'absoudre.
"L'orthodoxie protège l'intellect de l'erreur ;
elle n'abolit pas la concupiscence."
C'est peut-être là la vérité la plus dérangeante. Les traditionalistes ont particulièrement tendance à assimiler la restauration des formes catholiques à la restauration de l'essence même de l'Église. Nous voyons un sanctuaire tourné vers Dieu, nous entendons des chants grégoriens, nous rencontrons des prêtres disciplinés en soutane et, naturellement, nous reconnaissons quelque chose que les bouleversements post-conciliaires ont tenté d'effacer. Pourtant, l'esthétique ecclésiastique ne peut pas plus garantir la sainteté que la modernité informelle ne peut garantir l'humilité. Une communauté peut célébrer la liturgie romaine avec magnificence et pourtant mal gouverner. Un supérieur peut défendre la doctrine catholique et pourtant abuser de son autorité. L'orthodoxie protège l'intellect de l'erreur ; elle n'abolit pas la concupiscence.
La tradition ascétique catholique l'avait parfaitement compris. C'est la modernité, et non la Tradition, qui confond image et réalité.
Rome doit donc plus que le silence. L'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre est une société de vie apostolique de droit pontifical. Sa tutelle ecclésiastique suprême relève du Saint-Siège. Rome disposait des informations nécessaires en 2014 pour mener des visites canoniques. Les évêques français ont par la suite continué à faire part de leurs inquiétudes. De nouvelles allégations ont émergé au sein des branches masculine et féminine de la famille spirituelle de l'Institut. Un collectif de victimes existe. Des questions relatives aux abus sexuels, aux abus spirituels et à la gouvernance sont soulevées publiquement.
La solution ne peut pas être un autre processus confidentiel dont l'existence ne serait découverte que douze ans plus tard.
Il convient de mener un examen canonique véritablement indépendant, capable d'examiner le dossier Sorlin de 2014, les rapports des visiteurs de 2014, les plaintes ultérieures reçues par le Saint-Siège, les dossiers de protection des personnes vulnérables, les allégations concernant le traitement ou le déplacement des membres du clergé accusés, les pratiques de formation à Gricigliano et au sein des Sœurs Adoratrices, ainsi que les mécanismes effectifs d'exercice et de correction de l'autorité. Les membres actuels et anciens doivent pouvoir s'exprimer en toute confidentialité, sans crainte de représailles. Les personnes accusées doivent pouvoir se défendre pleinement. Les accusations non fondées doivent être rejetées. Les actes répréhensibles avérés doivent être dénoncés.
Et, une fois les travaux terminés, Rome devrait publier suffisamment de ses conclusions pour que les catholiques comprennent ce qui a été étudié, ce qui a été établi, ce qui a été rejeté et ce qui, le cas échéant, doit être changé.
Ce n'est pas de la persécution. C'est justice.
"Le secret ne sert
plus la vérité"
Le plus grand scandale, si des éléments importants de ces allégations s'avéraient vrais, ne serait pas la présence de pécheurs parmi les catholiques traditionnels. L'Église n'a jamais promis le contraire. Le plus grand scandale serait que des hommes et des femmes attirés par le catholicisme traditionnel par désir de révérence, de sacrifice, de clarté doctrinale et de sainteté aient été confrontés à une perversion de ces mêmes vertus : l'obéissance muée en soumission à une personnalité, l'humilité en humiliation, la mortification en domination psychologique, la loyauté envers l'Église en loyauté envers une institution.
Et si les allégations s'avèrent fausses, alors ceux qui ont été accusés méritent la réhabilitation que seule une enquête crédible peut apporter.
Dans les deux cas, le secret ne sert plus la vérité.
L'Institut lui-même utilise depuis longtemps la devise « Veritatem facientes in caritate » : « faire la vérité dans la charité ». Empruntée à saint Paul, elle constitue un admirable programme pour la vie catholique.
Ils offrent désormais à l'Institut, à ses critiques et à Rome la seule voie défendable à suivre.
« Car il n'y a rien de caché qui ne doive être manifesté ; rien n'a été tenu secret sans que cela soit connu. »
La vérité n'est pas l'ennemie de la tradition.
Le mensonge est. La dissimulation est. La calomnie est. L'abus est.
Que la vérité soit faite avec charité.
Mais que cela se fasse.
Notes et Références
Vincent Mongaillard, enquête en quatre parties sur l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, Le Parisien, 29-30 septembre 2023 ; le compte rendu Code Source qui l'accompagne indique que dix-sept témoignages ont été recueillis auprès d'anciens séminaristes, d'anciens prêtres, de membres en activité et de proches.
Vincent Mongaillard, « Il y a des signes de dérives sectaires à l'Institut du Christ Roi : l'alerte de Mgr Brunin, évêque du Havre », Le Parisien, 30 septembre 2023 ; les inquiétudes de Brunin et la transmission des témoignages à Rome sont également décrites dans l'enquête Code Source du journal.
The Pillar, « "On se sent tellement vaincue" - Des femmes attendent que le Vatican enquête sur la communauté religieuse », 12 mars 2026, rapportant les allégations d'anciennes postulantes des Sœurs Adoratrices et la réponse de la supérieure de la communauté.
Diocèse de Superior, « Liste des membres du clergé abusifs », entrée concernant Timothy Svea ICKSP ; Shereen Siewert, rapports sur les antécédents criminels de Svea et la détermination de la peine en 2023, Wausau Pilot & Review, mars 2023.
Après la CIASE, « Institut du Christ Roi Souverain Prêtre : un rapport sur des dérives sectaires présumées restées sans suite depuis 2014 », juillet 2026 ; voir également les rapports ultérieurs sur le collectif des victimes et la réponse de l'Institut.
Céline Hoyeau, « Deux visites canoniques à l'Institut du Christ-Roi », La Croix, 22 avril 2014 ; Communication de l'ICRSP reproduite par Riposte Catholique, « Visite canonique ordinaire aussi pour l'ICRSP », 29 avril 2014 ; Les Constitutions de l'Institut ont été définitivement approuvées par le Saint-Siège le 29 janvier 2016.
« Réélection de Mgr Wach Supérieur de l'Institut du Christ Roi », Riposte Catholique, 24 août 2020, rapportant que le Chapitre général réuni en vertu de l'article 20 des Constitutions a élu Wach pour six ans ; rapportant avant le Chapitre de 2025 que la prochaine élection était prévue pour l'été 2026.