Image IA
Image IA
Dans le paysage traditionaliste, les apparences comptent autant que les dogmes. Soutanes impeccables, dentelles à foison, latin et chant grégorien : l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) a bâti son identité sur un attachement intransigeant à la liturgie et à la discipline d'avant Vatican II. C'est précisément ce qui rend l'affaire du supérieur de l'ICRSP, l'abbé Gilles Wach, membre honoraire du Rotaty Club, aussi piquante qu'inattendue pour le site traditionaliste Medias Presse Info.
Sous la plume de son chroniqueur Rastignac, le média s'est penché sur ce détail pour le moins surprenant : le fondateur et prieur général de l'Institut est présenté depuis de nombreuses années comme membre honoraire du Rotary Club Firenze Valdisieve, en Italie. Visites officielles, offices religieux, repas conviviaux et publications rotariennes locales attestent de cette fidélité au fil du temps.
Déjeuner dans les salons du séminaire de Gricigliano. Photo Facebook Rotary Club Firenze Valdisieve
Le caillou de Pie XII dans la chaussure vernie
Le problème est que cette amabilité mondaine se heurte de plein fouet à l'histoire canonique que l'Institut revendique de porter haut. Le 20 décembre 1950, la Sacrée Congrégation du Saint-Office – avec l'approbation du pape Pie XII – avait en effet tranché de manière implacable : les clercs ne pouvaient ni adhérer au Rotary Club ni participer à ses réunions. Une interdiction justifiée à l'époque par la neutralité religieuse de l'organisation et les risques d'infiltration maçonnique ou anticléricale.
Face à ce rappel historique, l'article souligne le contraste saisissant :
"Voilà qui manque singulièrement de dentelles, mais possède au moins le mérite d’être clair."
La question posée au prélat par Médias Presse Info est dès lors frontale :
l'abbé Wach "considère-t-il que le Saint-Office de Pie XII se trompait en 1951 ?"
Ou s'agit-il simplement d'une règle que l'on choisit d'oublier dès qu'elle contrarie l'agenda mondain ?
A l'agenda 2014, "Visite du séminaire et dîner ouvert aux conjoints et aux invités sur la gentille et chaleureuse invitation de notre membre honoraire, Monseigneur Gilles Wach".
La Tradition transformée en « buffet à volonté »
Pour l'éditorialiste de MPI, cette adhésion met en lumière une dérive bien plus large au sein des cercles traditionalistes : celle d'une catéchèse ou d'un héritage réduit à sa seule dimension esthétique et confortable.
"Car la Tradition ne saurait raisonnablement être un buffet à volonté où chacun dépose dans son assiette le grégorien, la soutane, les beaux ornements et les cérémonies pontificales, tout en laissant discrètement sur le plat ce que Pie XII et le Saint-Office avaient enseigné de moins mondain."
L'article ajoute :
"La Tradition n’est pas un simple décor et elle devient même assez peu traditionnelle lorsqu’on ne la conserve que là où elle est esthétique, prestigieuse et confortable. "
Conférence donnée en 2021 par l'abbé Wach figurant à l'agenda du Rotary Club de Florence.
L'abbé Wach réussit ainsi, selon les termes de la chronique, une prouesse anatomiquement périlleuse :
"...avoir un pied dans la Tradition et l’autre au Rotary, tout en donnant l’impression de trouver la position parfaitement naturelle."
Et l'article de pointer un manque de cohérence chez le prélat traditionaliste :
"Si l’on revendique l’héritage de l’Église d’avant Vatican II, il faut peut-être accepter également les textes de l’Église d’avant Vatican II et même ceux qui contrarient le déjeuner."
En conclusion, en s'appuyant sur la célèbre maxime du cardinal de Retz (« On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment »), le texte pointe du doigt un malaise persistant. Une ambiguïté qui, à force d'être entretenue par le silence, finit par valoir réponse à elle seule.